Copie intégrale dans Valeurs Actuelles numéro 4250 du 10 au 16 mai 2018


Soros et l'Afrique,

liaisons dangereuses

Par Louis de Raguenel / Vendredi 11 mai 2018 à 10:12


















Le milliardaire se sert des associations philanthropiques qu’il subventionne pour mettre la main sur les matières premières de pays africains à son profit, via notamment Vitol, le géant du trading dont il est actionnaire.


Soros est sa bête noire en Afrique. L’industriel français Vincent Bolloré, qui a été entendu par la justice car il est suspecté d’avoir sous-facturé la communication des campagnes électorales de Faure Gnassingbé et d’Alpha Condé pour les présidentielles du Togo et de Guinée en échange de concessions portuaires — ce qu’il dément catégoriquement —, s’est souvent frotté aux tentacules hostiles des ONG financées par George Soros. Pour lutter contre la présence de Bolloré en Afrique, le milliardaire américain n’a pas ménagé sa peine pour appliquer de manière scientifique ce qu’il a entrepris en Europe, en soutenant les révolutions de “couleur” afin de déstabiliser des régimes politiques, comme ce fut le cas en Ukraine. Ou en encourageant le chaos migratoire (lire page 20), comme il s’y emploie en Europe et en France.


Car, en apparence, et c’est là le piège, Soros défend toujours le plus faible. En injectant des millions de dollars, sa méthode est redoutablement efficace : fi nancement de médias prétendument libres pour faire des révélations sur des scandales, afin d’exciter les masses ; aide à la création de mouvements citoyens, pour perturber l’ordre public ; et utilisation d’ONG officiellement indépendantes, pour mener les actions en justice. Succès garanti.


En Afrique, quoi de mieux pour Soros que de financer l’ONG Global Witness, luttant contre le pillage des ressources naturelles et la corruption politique, afin de récupérer les plus beaux contrats ? L’ONG s’en prend à Bolloré en 2007, en l’accusant de susciter l’instabilité en Côte d’Ivoire via une société de cacao. D’autres ONG que subventionne l’Américain se lancent aussi à la poursuite des intérêts du Français, comme Sherpa (dénonciation de pollution de l’environnement au Sierra Leone) ou encore Greenpeace (qui l’attaque pour déforestation et trafic de bois en République démocratique du Congo).


La philanthropie lui sert à mettre la main sur les intérêts économiques d’un pays

Pour contrôler entièrement Global Witness, Soros s’est employé, d’après nos informations, à placer ses plus proches au board of directors mais aussi à l’advisory board. C’est ainsi que Gillian Caldwell a été nommée directrice générale de l’ONG en 2015, après avoir travaillé pour Open Society Foundations (OSF). Idem pour Mark Stephens, ayant travaillé bénévolement par le passé pour OSF. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il défend depuis 2010… Julian Assange et Wiki-Leaks. Chargé des finances, on retrouve Stephen Peel, un ancien de Goldman Sachs, qui a lui aussi travaillé pour Soros. La liste des membres du conseil d’administration et de la direction ayant été salariés du milliardaire américain est longue. On remonte même jusqu’à un certain… Alexander Soros, héritier de son père, lui aussi membre du conseil d’administration de l’ONG ! Bien introduite en Afrique, l’association est financée à plus de 20 % par Soros, soit plus de… 10 millions de dollars depuis 2011.


Tel le maître d’un monde qu’il rêverait de gouverner, il cible depuis plus de trente ans l’Afrique comme son terrain de jeu idéal, pour tester l’efficacité d’Open Society Foundations à grande échelle. Notre enquête le démontre, la philanthropie est le meilleur moyen pour lui d’entrer dans un pays afin de mettre la main sur ses intérêts économiques, quitte à trahir parfois ses propres valeurs. « S’il prône une société ouverte — surtout pour les autres, ses concurrents et ses détracteurs —, lorsque ses intérêts personnels sont en jeu, tout devient possible », décrypte un investisseur qui s’est frotté plusieurs fois au milliardaire.


Soros n’hésite pas à financer des projets “ouverts” de promotion de la culture, de la démocratie, de la liberté de la presse, de la femme, des droits des homosexuels, LGBT, pour participer au renversement des chefs d’État, via des filiales d’Open Society Foundations spécialement créées pour le continent africain : Osiwa, Osisa, Osiea. Ces dernières soutiennent directement Global Witness, Human Rights Watch, Amnesty International… que Soros abreuve déjà par ailleurs. Plus concrètement, il a subventionné généreusement — et toujours indirectement — Y’en a marre !, au Sénégal, protestant contre le président Abdoulaye Wade — celui-ci quitte le pouvoir en 2012 —, ou Le Balai citoyen, au Burkina Faso, contre Blaise Compaoré — président jusqu’en 2014.


Favoriser les oppositions pour accroître son pouvoir économique

D’après nos informations, il mène aujourd’hui un combat stratégique pour faire avancer ses intérêts économiques en sponsorisant le Front citoyen pour la République, en République démocratique du Congo (RDC), souhaitant le départ de Joseph Kabila.


S’il ne s’agit pas ici de défendre l’actuel président, force est de constater que pour le renverser, afin de mettre la main sur les gisements congolais — principalement des mines de cuivre et de cobalt —, George Soros fait de son mieux pour favoriser l’ancien proche collaborateur du président, Moïse Katumbi, qui le défie. À noter qu’avant de fuir la RDC, Katumbi était le gouverneur du très riche Katanga… qui intéressait beaucoup le milliardaire. Après l’avoir reçu chez lui aux États-Unis, Soros le fait vivre en partie, alors que sa vie se partage entre Paris, Bruxelles et l’Afrique du Sud.


C’est d’ailleurs depuis ce dernier pays que le milliardaire a financé, début mars, un sommet pour apporter relais politiques et financiers à Katumbi et le rapprocher du pouvoir. De là à parler d’ingérence… L’ouvrage les Réseaux Soros à la conquête de l’Afrique, de Stéphanie Erbs, Vincent Barbé et Olivier Laurent (VA Press), apporte un éclairage précis sur les actions entreprises par l’Américain pour essayer de renverser Paul Biya au Cameroun ou Ali Bongo au Gabon. C’est désormais une évidence. Derrière son apparente légitimité morale, George Soros apparaît dans les affaires avec un tout autre visage, en prédateur de mines, de pétrole et de biocarburants… S’appuyant sur la réputation des ONG qu’il soutient, des rapports l’aident opportunément à discréditer ses concurrents. Entre le 16 septembre 2009 et le 23 juillet 2010, Amnesty International et Greenpeace publient pas moins de six rapports ou dossiers visant Trafigura, l’un des géants, avec Glencore, Cargill et Vitol, du courtage et du transport de matières premières.


Entre le 19 août 2011 et le 26 septembre 2012, Amnesty International et Greenpeace mèneront au moins sept autres actions médiatiques et judiciaires contre Trafigura. Étonnamment, Vitol, le concurrent de Trafigura, suscite moins l’attention des ONG financées par Soros. Et pour cause… Via un montage financier complexe, George Soros est devenu un important actionnaire de la société mondiale de trading, sans apparaître directement. Comme toujours.


Explications. En 2009, Helios Investment Partners lève des fonds auprès de Quantum Strategic Part-ners, appartenant à Soros, pour un projet d’investissement en Afrique. De son côté, Vitol fonde en 2011, avec Helios Investment Partners et Shell, la société Vivo Energy afin de commercialiser les carburants et les lubrifiants Shell en Afrique. En juillet 2014, Soros augmente sa participation dans le projet, puis en août 2014 au capital de Vitol Investment Partnership (VIP), domicilié à Jersey. Quelques jours plus tard, VIP Limited acquiert les activités de la compagnie pétrolière Shell en Australie. En juin 2015, Vitol et Helios Investment Partners achètent la majorité des parts de la société Oando, offrant un accès à l’intégralité du pétrole du Nigeria.


Des droits de l’homme et de l’environnement au pétrole

En décembre 2016, Shell annonce avoir cédé ses parts dans Vivo Energy à ses partenaires. À partir de cette date, Soros n’a cessé de multiplier les opérations pour renforcer son implication dans la société Vitol — qui refuse de publier ses comptes financiers —, présente dans 16 pays africains, avec l’aide de Helios Investment Partners. Il y avait de quoi faire fuir Soros : en 2016, Vitol est impliqué dans un scandale lié à la commercialisation de carburants toxiques à haute teneur en soufre. Plus à une contradiction près, curieusement — ou pas —, le milliardaire ne bouge pas. Cela ne l’empêche pas de plaider publiquement pour l’adoption de nouveaux codes miniers…


En trente ans, et dans la plus grande discrétion, George Soros a su s’introduire dans la vie de pays africains en imposant son soft power via les ONG qu’il nourrit, soutenant les droits de l’homme et l’environnement. Avec le plus grand cynisme et dans l’opacité, il est parvenu à manipuler les pouvoirs publics et les opinions pour que les décisions politiques et économiques aillent dans le sens de ses intérêts personnels. Qui l’empêchera d’aller plus loin ?


Par Louis de Raguenel / Vendredi 11 mai 2018 à 10:12

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